Vive le vin nouveau québécois! - Caribou

Vive le vin nouveau québécois!

Publié le

04 novembre 2021

Texte de

Geneviève Vézina-Montplaisir

Photo de

Daphné Caron

Après une dizaine d’années passées dans le Beaujolais, Geneviève Thisdel souhaite amener au Québec la tradition des vins primeurs, encore marginaux ici. La chef de culture du vignoble Les Bacchantes, qui sort ce mois-ci sa propre gamme sous le nom En roue libre, propose d’égayer notre mois de novembre avec Primeur, un vin nouveau fait de marquette. Son petit clin d’œil au Beaujolais où elle a fait ses premières armes comme vigneronne. 
vin nouveau quebecois
Après une dizaine d’années passées dans le Beaujolais, Geneviève Thisdel souhaite amener au Québec la tradition des vins primeurs, encore marginaux ici. La chef de culture du vignoble Les Bacchantes, qui sort ce mois-ci sa propre gamme sous le nom En roue libre, propose d’égayer notre mois de novembre avec Primeur, un vin nouveau fait de marquette. Son petit clin d’œil au Beaujolais où elle a fait ses premières armes comme vigneronne. 
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«Un vin primeur est un vin que tu mets tout de suite en bouteille une fois sa vinification terminée. C’est un vin de l’année, vendu rapidement, explique celle qui est de retour au Québec après avoir vécu cinq années en France. C’est un vin jeune qui n’est pas vinifié pour être un vin de garde. C’est vraiment un vin de soif, facile à boire, hyper digeste.»

Comme c’est le cas du Beaujolais nouveau, le vin primeur de Geneviève sera mis en vente le troisième jeudi du mois de novembre, comme le veut la tradition en France.

«Au mois de novembre, le temps est moche, il ne se passe pas grand-chose  L’idée du vin nouveau est de proposer un vin festif, parfait pour l’apéro, et d’en faire un «happening».»
Geneviève Thisdel

Faire un bon vin nouveau est toutefois tout un défi. Habituellement, pour qu’un vin soit bien équilibré, il faut lui donner du temps. Mais dans le cas des vins primeur, il faut arriver avec un produit fini rapidement, mais qui soit tout de même intéressant.

Pour faire son Primeur, Geneviève a jeté son dévolu sur le marquette, un cépage qui lui a fait penser au gamay la première fois qu’elle lui a goûté, et qui, selon elle, se prête très bien à une production de vin nouveau. Et elle a opté pour une vinification typiquement beaujolaise avec macération carbonique. Résultat: un vin fruité et frais.

Faire ses classes à Vauxrenard

L’art de la vinification beaujolaise traditionnelle, Geneviève l’a entre autres appris au vignoble Le Moulin du Prince. À 18 ans, par l’entremise de l’Association Québec-France, elle s’est retrouvée à faire les vendanges dans un petit village du nord du Beaujolais, du nom de Vauxrenard. Après s’être liée d’amitié avec les propriétaires du petit domaine familial de huit hectares, et y avoir fait une dizaine de vendanges, elle y a fait ses premières cuvées.

«Après les vendanges, j’ai commencé à y aller aussi l’hiver, se souvient celle qui travaillait alors au cimetière Notre-Dame-des-Neiges en aménagement paysager. J’apprenais à déguster et j’apprenais toutes les autres étapes pour faire du vin. À 32 ans, j’avais envie de faire autre chose et le vin me passionnait beaucoup. Je voulais travailler dans le domaine, mais pour bien le faire, je trouvais important de vraiment comprendre comment c’était fait. J’ai alors décidé d’aller faire un BTS (brevet technicien supérieur) en viticulture-oenologie.»

Pendant ses études, Geneviève a l’opportunité de pouvoir vivre tout le processus de la fabrication d’un vin, de la taille à la vinification. Ses amis du domaine Le Moulin du Prince, qui étaient sur le point de prendre leur retraite et qui n’avaient pas de relève, lui offre la chance de s’occuper d’une parcelle qu’ils allaient autrement arracher et de lui prêter tout le matériel pour pouvoir la vinifier.

«J’avais 6500 pieds de vignes à m’occuper. J’ai fait mon premier millésime en 2015, précise celle qui avait auparavant étudié en photo au collège Dawson. Ça a été vraiment formateur car je devais prendre toutes les décisions moi-même. Ça s’est super bien passé. J’ai été chanceuse car 2015 a été une année exceptionnelle.»

La nouvelle vigneronne a gardé la parcelle pendant quatre ans. Après sa première cuvée de rouge, elle a fait du rosé et du blanc avec d’autres parcelles qu’elle a récupérées. En 2018, elle produisait 8000 bouteilles. Ces vins étaient alors importés au Québec, surtout pour la restauration.

«En 2018, après les vendanges, j’ai décidé de revenir au Québec. J’étais un peu arrivée à la croisée des chemins. Soit j’investissais dans le vignoble en France et je passais le reste de ma vie là-bas, soit je revenais au Québec. Ma mère est décédée pendant que j’étais en France, mon père était vieillissant. De loin, je voyais que l’industrie québécoise du vin se développait et je trouvais ça vraiment l’fun. C’était le bon moment pour prendre tout mon bagage et de voir ce que je pouvais en faire au Québec.»

«En France, quand tu essaies de vendre un Beaujolais c’est toujours un peu fastidieux car les gens ont des aprioris. Les Français le considèrent comme un vin de moindre qualité. Ici, les gens veulent goûter à tout.» 
Geneviève Thisdel

Le meilleur des deux mondes

Si Geneviève a la chance de proposer sa première cuvée de vin nouveau de l’autre côté de l’Atlantique cette année, c’est qu’elle a pu compter sur la collaboration de son employeur Sébastien Daoust, du vignoble Les Bacchantes.

«Une amie à moi m’a amené par hasard aux Bacchantes, explique celle qui travaillait alors déjà pour un vignoble québécois. C’était avant les vendanges et j’ai demandé à Sébastien si je pouvais lui acheter du raisin pour faire une cuvée de garage. Je me suis mise à lui parler d’où j’arrivais, mon parcours. Il m’a finalement dit: ‘’Je n’ai pas de raisin pour toi, mais j’aurais une job. Et les employés ont la priorité sur les raisins!’’»

Il n’en fallait pas plus pour que ça clique entre Sébastien et Geneviève et que cette dernière vinifie les cuvées 2020 des Bacchantes. Faire du vin au Québec a tout de même demandé un brin d’adaptation à la vigneronne.

«Il a fallu que je m’adapte aux taux acidité. Il a fallu que je vois comment je pouvais travailler avec cette acidité-là et que ça devienne un plus et pas une chose dont tu veux te débarrasser, souligne-t-elle, J’ai dû avoir l’humilité de me dire que les connaissances que j’avais apprises en France, oui, elles allaient m’être utiles, mais que je devais rester ouverte, qu’ici certains choses allaient être différentes et que j’avais encore beaucoup à apprendre.»

En plus de sa cuvée Primeur, Geneviève a également produit un vin orange, un rosé et un pet nat. Aujourd’hui, elle développe sa gamme de vin en parallèle des vins des Bacchantes, comme une petite PME au sein d’une plus grande.

«Ce qui est génial c’est que je vinifie les raisins que j’ai fait pousser et Sébastien me donne carte blanche!, poursuit celle qui est maintenant chef de culture aux Bacchantes. Je fais des produits qui sont complémentaires à sa gamme, plus classique. Financièrement, je n’aurais pas pu planter de la vigne pour faire mon propre vin, avoir toutes les infrastructures. Lui cherchait quelqu’un pour s’occuper des vignes, donc on trouvé un parfait terrain d’entente.»

Le nom de sa gamme, En roue libre, est un clin d’œil à sa passion pour le vélo. L’ancienne cycliste amateure a participé à plusieurs championnats canadiens ces dernières années.

«Pour moi, partir en route libre, c’est faire ce que je veux faire. Le vélo est représentatif de la liberté, évoque celle qui a aujourd’hui 40 ans. Et c’est ce sentiment que je ressens avec la viticulture au Québec.»

Les 600 bouteilles du Primeur seront disponibles le 18 novembre dans quelques points de vente. Visiter la page Facebook de Geneviève pour connaître les points de vente.

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