Des fruits dans la cour

Arbre fruitierJoëlle Poirier photographie

Vous avez grandi à l’ombre du pommier familial et avez le goût de perpétuer la tradition en plantant un arbre ou quelques arbustes fruitiers dans votre cour? Certes, il vous faudra une bonne dose de patience (certains arbres, tel le poirier, mettent jusqu’à sept ans avant de produire pour la peine!), mais la culture des arbres fruitiers demeure à la portée de tous les adeptes de jardinage, même les novices. Deux experts, Patrick van den Abeele, directeur du Centre jardin Vaudreuil-sur-le-Lac, et Frédéric Lavoie, gérant de Jardin Eden, à Sherbrooke, résument quelques conseils de base pour que vos efforts portent leurs fruits.

Article présenté par Passion Jardins

Non, pas nécessaire de disposer d’un grand verger ni d’avoir un diplôme en horticulture pour avoir le bonheur de croquer dans un fruit tout juste cueilli ou de déguster une poignée de petites baies fraîchement récoltées à même votre potager.

Le secret pour que vos arbres et arbustes fructifient: planter le bon cultivar au bon endroit, lance d’emblée Patrick van den Abeele, qui dirige le Centre jardin Vaudreuil-sur-le-Lac. «Règle générale, qu’on parle d’arbres ou d’arbustes fruitiers, il faut installer nos plants le plus au soleil possible», précise-t-il. C’est le cas pour les classiques (pommiers, poiriers, pruniers, cerisiers, mûriers, pour ne nommer que ceux-ci) comme pour les variétés qui gagnent à être connues (sureau, amélanchier, camérisier, par exemple). 

Le sureau produit des grappes de petits fruits sûrs, de couleur rouge ou noire.

Vous ne disposez que d’un petit terrain en ville ou en banlieue et votre cour n’est pas particulièrement ensoleillée? Sachez que quelques arbustes fruitiers tolèrent bien la mi-ombre, comme le gadelier et le groseillier, qui produisent des baies savoureuses et juste assez acidulées, idéales pour la transformation en confitures et en gelées. 

«On voit de plus en plus de gens introduire des arbustes fruitiers dans leurs plates-bandes ornementales», souligne en outre Frédéric Lavoie, de Jardin Eden. Voilà une solution qui pourrait particulièrement bien convenir aux plus petits espaces! Pensez alors à l’aronie, avec ses fleurs odorantes, ou encore aux plants de bleuets, dont les feuilles mettront en plus de la couleur à votre aménagement jusqu’en octobre.

Bon à savoir: si vous voulez des prunes, des camerises ou tout autre fruit dit «autostérile», vous devrez planter au moins deux spécimens compatibles afin d’en assurer la pollinisation croisée. Si l’espace est retreint, recherchez la mention «autofertile», qui caractérise une espèce pouvant être pollinisée à partir de son propre pollen. 

N’oubliez pas non plus de vérifier que les végétaux que vous convoitez sont bel et bien adaptés au climat de votre région. «Peu importe où on habite au Québec, on aura tout de même beaucoup de choix», fait valoir Patrick van den Abeele, citant au passage l’amélanchier (zone de rusticité 1), qui poussera sans problème au Lac-Saint-Jean comme en Gaspésie, en passant par Montréal et Québec.

camerise dici
Vous devrez planter au moins deux camérisiers compatibles afin d’en assurer la pollinisation croisée.

Le bon sol

Vous croyez qu’est venu le temps de planter? Pas si vite! La préparation du sol s’avère essentielle afin de permettre à votre plant de bien développer son système racinaire. «Les fruitiers ont besoin d’un sol meuble qui se draine bien», résume Frédéric Lavoie. Si vous disposez au contraire d’une terre argileuse et lourde, vous devrez la travailler davantage, voire surélever les plants pour éviter que leur pied ne baigne dans l’eau. 

À la plantation, qui peut avoir lieu à n’importe quel moment durant la belle saison, assurez-vous non seulement de creuser une fosse suffisamment grande (au moins deux fois la largeur du pot et une fois et demie sa hauteur), mais, surtout, d’enrichir votre sol. Nos experts suggèrent un mélange de terreau de plantation, de mousse de tourbe, de compost et de mycorhizes (des petits champignons contribuant à l’enracinement, à saupoudrer au fond du trou, mais à éviter absolument dans le cas du bleuet). Ratio recommandé: trois parties de terre pour deux parties de mousse de tourbe et une partie de compost. 

«Chaque printemps, vous pourrez ensuite ajouter un peu de compost et d’engrais en début de saison», poursuit Frédéric Lavoie. 

L’abc de l’entretien

Une fois vos jeunes plants en terre, préférez de longs arrosages moins fréquents afin d’humidifier la terre en profondeur, conseille Patrick van den Abeele.

«On recommande d’arroser chaque plante individuellement et non avec un arroseur oscillant et de laisser sécher la terre entre les arrosages. Ça stimule la pousse des racines et les aide à aller plus en profondeur. C’est ce qu’on veut pour que nos arbres ou arbustes s’enracinent plus rapidement.»

Patrick van den Abeele

Et sachez qu’il est préférable d’arroser le matin plutôt qu’en soirée: cela diminue la prolifération des maladies et des insectes.

Vous souhaitez récolter rapidement le fruit de votre labeur? Optez alors pour des aménagements comestibles mettant en vedette des arbustes fruitiers comme les framboisiers ou un petit arbre comme le mûrier, qui produisent souvent dès le premier été. La majorité des fruitiers auront cependant besoin de deux ou trois années, au minimum, avant de donner des fruits. C’est le cas des groseilliers et des gadeliers, qui ne produisent que sur des branches âgées d’au moins deux ans, mais aussi du sureau, de l’argousier, de l’amélanchier et de la viorne trilobée (pimbina), qui fructifieront au bout d’environ trois ans. «Les premières années, il vaut mieux carrément enlever les fruits qui se forment afin que l’arbre concentre ses énergies à grossir et à faire des racines plutôt qu’à produire quatre pommes», indique Frédéric Lavoie.

Dans le cas des arbres fruitiers, donc, tout vient à point à qui sait attendre!


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