Les grains du Québec, à la base de notre alimentation - Caribou

Les grains du Québec, à la base de notre alimentation

Présenté par

Publié le

25 mai 2026

Texte de

Caribou

Photos de

Daph & Nico

Sylvain Pion est producteur de grains sur la terre de son enfance, à Stanbridge-East, depuis plus de 40 ans. Il est aussi nouvellement président des Producteurs de grains du Québec. Sa mission? Faire réaliser que le grain est à la base de notre alimentation et que sans le travail des producteurs et productrices, les assiettes québécoises seraient bien vides.
Sylvain Pion est producteur de grains sur la terre de son enfance, à Stanbridge-East, depuis plus de 40 ans. Il est aussi nouvellement président des Producteurs de grains du Québec. Sa mission? Faire réaliser que le grain est à la base de notre alimentation et que sans le travail des producteurs et productrices, les assiettes québécoises seraient bien vides.
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Le père de Sylvain a été un des premiers à planter du grain dans ce coin de l’Estrie. «Mes parents avaient envie de ce mode de vie et se sont installés sur la ferme autour de 1960», raconte l’homme de 62 ansRoland Pion et Jacqueline Marchand font alors de la culture et de la conserverie de concombres, de petits pois et de fèves, mais ils développent surtout un marché pour la production de grains et prennent de l’expansion au fil des ans, en louant et achetant des terres voisines. «Ils étaient des entrepreneurs», résume avec fierté celui qui a certainement hérité de leur talent.

Sylvain est né sur cette terre entourée d’une rivière qu’il nous fait visiter pour la session photo. Il pointe les limites de ses champs, explique le fonctionnement du séchoir à grains et nous conduit près des silos, dans lesquels il pige ses plus beaux grains de maïs, de soya ou de blé. «Cultiver différents grains nécessite plusieurs équipements et des expertises variées, précise l’homme chaleureux, mais cette alternance de cultures dans les champs est bonne pour le sol. Et la terre, c’est notre outil, alors il faut en prendre soin.»

grains du Québec

Deuxième génération

À quelques centaines de mètres des installations agricoles, de retour dans la maison de Sylvain et de sa femme, Josée, hygiéniste dentaire, nous prenons place autour de la table de cuisine. Par les fenêtreson voit des champs à perte de vue; dans la cour, des modules de jeux font le bonheur des cinq petits-enfants dont la photo orne le meuble d’entrée.

Le grand-papa comblé a bien tenté, à l’époque, d’aller voir ailleurs s’il y était: «Au cégep, je me suis inscrit en sciences pures, mais j’ai vite réalisé que je ne me voyais pas passer de longues années d’études loin de la ferme. J’ai finalement fait un cours plus rapide en gestion et exploitation agricole, et je suis revenu en 1984.»

C’est 20 ans plus tard, en 2004, que son frère André, ingénieur électrique, est à son tour retourné à la ferme, à la suite du décès de leur paternel. Les deux frères demeurent à moins d’un kilomètre l’un de l’autre, tous les deux entourés de leurs champs.

André et Sylvain se complètent. Le premier a apporté son côté «plus cartésien» et une organisation qui permet de documenter les données de la terre d’année en année. Le deuxième, pour sa part, possède la connaissance des champs de 300 hectares. «On fait une belle équipe. Ensemble, nous travaillons pour avoir des terres en santé, plus résilientes, qui ont plus de chances de passer au travers des épreuves liées, entre autres, aux changements climatiques», indique Sylvain. Selon lui, «les producteurs de grains sont au front» en la matière. Les deux frères pensent aussi à la relève: les Pion ont quatre filles, et certaines sont intéressées par la mission.

«Ce que je préfère de mon travail, c’est le fait de produire quelque chose. Tu mets du grain en sol et il va sortir 500 plants en l’espace de 100 jours. Être capable de nourrir les gens du Québec, c’est beau!»
Sylvain Pion

Un travail en continu

«Beaucoup de gens pensent qu’on sème, qu’on s’occupe des terres en été, qu’on récolte et c’est tout. Mais ce n’est tellement pas ça!»

Sylvain énumère le cycle des tâches qui l’occupent à l’année. Pendant l’hiver, les producteurs et productrices assistent à des journées de formation et de perfectionnement, sur l’environnement et les nouvelles technologies par exemple. Il y a aussi la paperasse et l’administration dont il faut s’occuper, sans parler de l’état des marchés à surveiller pour les producteurs comme Sylvain et André qui vendent leurs grains à l’année. «Certains vendent tout d’un coup à la fin de la saison, mais pas nous, explique-t-il. Déjà, de comprendre le fonctionnement de la bourse et du marché des grains, c’est toute une tâche et un apprentissageTu as beau être super bon sur le terrain et avoir une super productivité, si tu ne fais pas bien ta mise en marché, tu perds de l’argent

Il faut par ailleurs entretenir les terres et les équipements, préparer la machinerie..Dès avril et jusqu’à juin, dépendamment des variétés, il faut semer, puis s’occuper des sols, sarcler et faire les récoltes, qui s’étendent sur plusieurs mois, jusqu’en octobre ou novembre.

Ce n’est pas pour rien que Sylvain et Josée sont partis qu’une seule fois en voyage. Cela dit, le producteur adore sa vie dans les champs, même si le travail est demandant. «Les vacances sont rares, mais c’est un rythme de vie qu’on a choisi et que j’aime. Il faut constamment s’adapter à la météo et aux autres aléas: c’est stimulant. Je n’ai pas hâte de prendre ma retraite», affirme-t-il avec enthousiasme.

grains du québec

Faire bouger les choses

C’est justement par amour pour son métier que Sylvain s’implique autant auprès des Producteurs de grains du Québec, et ce, depuis environ 30 ans. Après avoir été vice-président pendant plusieurs années, il était naturel qu’il devienne président, en mars 2025. «Que veux-tu, l’agriculture, j’en mange! dit-il en riant. Je trouve important qu’on soit représentés. Si les producteurs de grains souhaitent avoir de l’information pertinente, des programmes, de l’éducation, ils doivent se regrouper.» Sylvain Pion souligne aussi le plaisir de côtoyer d’autres producteurs et productrices passionnés dans un secteur où tout le monde travaille de son côté, dans une certaine solitude. «Même si les problématiques changent un peu d’une région à l’autre, on vit tous la même réalité et les mêmes défis», explique le président de l’association qui représente près de 10 000 membres répartis partout au Québec et regroupés en 14 syndicats affiliés.

Ce que Sylvain Pion souhaite mettre de l’avant pendant son mandat? «Je connais les résolutions et les orientations que souhaitent prendre les producteurs, et nous avons un plan stratégique. Nous savons où aller et ce que nous voulons obtenir.» Le président parle entre autres des réglementations à revoir afin de permettre l’atteinte d’une meilleure stabilité financière et de programmes qui aideraient à affronter les changements climatiques, qui représentent un immense défi. Il mentionne aussi la valeur des terres, un frein pour la relève. «On a beaucoup de dossiers à faire avancer.»

Cultivés sur plus d’un million d’hectares de terre, les grains du Québec génèrent un chiffre d’affaires annuel moyen de 2 milliards de dollars, ce qui en fait le deuxième secteur agricole en importance au Québec. La production et la transformation de grains représentent près de 20 000 emplois dans la province.

Auprès du public, Sylvain Pion souhaite faire passer un message principal: «Les grains produits au Québec se retrouvent dans nos assiettes!» Il concède que la relation du champ à la table est moins évidente dans son secteur comparativement à d’autres productions, car le grain est soit transformé, soit consacré à l’alimentation des animaux. Selon lui, il est temps que les producteurs fassent connaître l’importance de leur travail auprès des Québécois et Québécoises. «Encore aujourd’hui, on se fait dire qu’on fait juste du grain. Pourtant, il y a des grains derrière le bacon, le lait, le fromage, le bœuf, les œufs ou le poulet, puisqu’ils nourrissent les animaux et leur donnent de l’énergie. Puis le gruau est fait avec de l’avoine, la bière avec de l’orge, le tofu avec du soya… Dans le fond, le grain est partout. Il est à la base de notre alimentation.»

Quand on lui demande ce que peut faire le public pour soutenir les producteurs, le président n’hésite pas et conseille de repérer sur les produits le logo de certification «Grains du Québec», qui signifie que le produit contient des grains cultivés ici. Des grains dont il faut être fiers, comme le sont les producteurs passionnés comme Sylvain 

Ce texte est tiré de notre magazine numéro 23, Extrêmes. Procurez-vous le pour plus d’articles sur des producteurs d’ici inspirants.

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