Deux fois plus de marchés publics qu’il y a dix ans au Québec - Caribou

Deux fois plus de marchés publics qu’il y a dix ans au Québec

Publié le

28 septembre 2026

Texte de

Geneviève Quessy

Loin de vouloir disparaître, l’habitude de s’approvisionner directement auprès des producteurs agroalimentaires en visitant les marchés publics semble bien enracinée chez les Québécois. En dix ans, le nombre de marchés publics a doublé dans la province.
Loin de vouloir disparaître, l’habitude de s’approvisionner directement auprès des producteurs agroalimentaires en visitant les marchés publics semble bien enracinée chez les Québécois. En dix ans, le nombre de marchés publics a doublé dans la province.
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En 2015, on comptait 84 marchés publics, alors qu’en 2026, l’Association des marchés publics du Québec (AMPQ) regroupe 156 membres.

«On a vraiment le vent dans les voiles, ce qui est unique au pays et dans l’Amérique du Nord. On est devenu le plus gros réseau de marchés publics au Canada, si on considère notre définition, qui est celle du marché fermier», témoigne Jean-Nick Trudel, directeur général de l’AMPQ.

En 2025, les marchés publics ont généré 443 M$ de chiffre d’affaires, attirant 8,4 millions de visites.

Petite histoire de marchés

Si l’on remonte dans l’histoire, les marchés publics ont toujours eu de l’importance pour l’approvisionnement alimentaire des citoyens des villes. Ils servaient aussi de place publique et d’espace de socialisation.

Vers 1640, la première place de marché est apparue sur la Place Royale, à Québec, bientôt suivie de celle de la Place Royale, à Montréal. Des légumes, œufs, viande, pain, foin et bois de chauffage y étaient apportés par les habitants des campagnes environnantes. À l’époque où les routes ne reliaient pas encore les villages, les transactions se faisaient parfois à même la plage, les bateaux à peine accostés.

Dans sa thèse de doctorat portant sur les halles et marchés publics, publiée en 1992, le professeur d’histoire de l’art Yves Bergeron rapporte qu’en 1791, le gouverneur et le Conseil législatif de la province ont dû amender les règlements concernant le marché public de la ville de Trois-Rivières de façon à ce qu’il ne soit plus permis d’acheter de denrées ailleurs que sur la place du marché.

«Il y a des gens qui se présentaient au quai, puis qui achetaient déjà tous les produits pour les contrôler et les vendre, explique-t-il. Autrefois, c’était une obligation, une responsabilité des villes d’assurer qu’il y ait un approvisionnement régulier de leurs citoyens en aliments, mais aussi en bois, en foin. Quand il y avait des grandes tempêtes, des problèmes empêchant les agriculteurs de venir vendre dans les villes, il y avait rapidement des pénuries, et ça faisait fluctuer les prix. Les villes se sont données des règles pour réglementer l’approvisionnement, et s’assurer que les prix étaient corrects.»

Les marchés publics étaient au centre de la vie sociale, explique Yves Bergeron. «Historiquement, les marchés ont toujours été des lieux de sociabilité, l’espace de rencontre entre toutes les catégories sociales, entre le monde rural et le monde urbain. C’est sur les places de marché que se faisait la criée des nouvelles. C’est là qu’on punissait les gens, qu’on les mettait au pilori, au 18e, 19e siècle. C’est aussi sur les places de marché que se faisaient les discours politiques, que se tenaient les élections. C’est autour du marché public qu’on faisait la promotion de la prostitution et qu’on pouvait acheter de l’alcool illégal. Ces activités-là étaient tolérées, parce que c’était considéré comme un espace neutre.»

Crédit photo: Courtoisie 155 Marché public

De l’importance des marchés

Des années, plus tard, entre 1950 et 1960, plusieurs marchés ont disparu, remplacés par les nouveaux supermarchés. Puis dans les années 80, les citoyens se sont mis à se mobiliser pour faire revivre cette tradition qui remplit un rôle social unique.

Selon Yves Bergeron, les marchés publics ne sont pas près de disparaître. Plus que culturels, ils remplissent un besoin humain et sont présents dans de multiples sociétés à travers le monde. «On va aussi au marché parce que c’est une occasion de rencontres et d’échanges. Ça reste encore vrai aujourd’hui et ce n’est pas dans les épiceries qu’on s’arrête pour parler avec les autres. Autant pour les consommateurs que pour les gens qui vont tenir le marché, il y a des attraits sociaux.»

Les marchés publics ont aussi leur importance pour les producteurs, qui bénéficient d’une meilleure marge de profit sur leurs produits en vendant directement au client, sans intermédiaire.

Jean-Nick Trudel, directeur de l’AMPQ, voudrait bien que les décideurs se souviennent de l’importance des marchés publics, une fois qu’ils seront élus, après y avoir serré des centaines de mains pendant leur campagne électorale.

Car, en effet, rappelle-t-il, les défis sont nombreux pour ces organisations, dont 63% sont gérées par des organismes sans but lucratif.

«Plusieurs marchés publics qui existent depuis longtemps n’ont toujours pas de structures permanentes, ce qui fait que chaque semaine, par absence de vision globale pour les marchés publics, on est encore contraint de voir de supers bénévoles qui montent et démontent des dizaines de tentes, pour tenir une activité publique qui attire les foules.»

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