En 2015, on comptait 84 marchés publics, alors qu’en 2026, l’Association des marchés publics du Québec (AMPQ) regroupe 156 membres.
«On a vraiment le vent dans les voiles, ce qui est unique au pays et dans l’Amérique du Nord. On est devenu le plus gros réseau de marchés publics au Canada, si on considère notre définition, qui est celle du marché fermier», témoigne Jean-Nick Trudel, directeur général de l’AMPQ.
En 2025, les marchés publics ont généré 443 M$ de chiffre d’affaires, attirant 8,4 millions de visites.
Petite histoire de marchés
Si l’on remonte dans l’histoire, les marchés publics ont toujours eu de l’importance pour l’approvisionnement alimentaire des citoyens des villes. Ils servaient aussi de place publique et d’espace de socialisation.
Vers 1640, la première place de marché est apparue sur la Place Royale, à Québec, bientôt suivie de celle de la Place Royale, à Montréal. Des légumes, œufs, viande, pain, foin et bois de chauffage y étaient apportés par les habitants des campagnes environnantes. À l’époque où les routes ne reliaient pas encore les villages, les transactions se faisaient parfois à même la plage, les bateaux à peine accostés.
Dans sa thèse de doctorat portant sur les halles et marchés publics, publiée en 1992, le professeur d’histoire de l’art Yves Bergeron rapporte qu’en 1791, le gouverneur et le Conseil législatif de la province ont dû amender les règlements concernant le marché public de la ville de Trois-Rivières de façon à ce qu’il ne soit plus permis d’acheter de denrées ailleurs que sur la place du marché.
«Il y a des gens qui se présentaient au quai, puis qui achetaient déjà tous les produits pour les contrôler et les vendre, explique-t-il. Autrefois, c’était une obligation, une responsabilité des villes d’assurer qu’il y ait un approvisionnement régulier de leurs citoyens en aliments, mais aussi en bois, en foin. Quand il y avait des grandes tempêtes, des problèmes empêchant les agriculteurs de venir vendre dans les villes, il y avait rapidement des pénuries, et ça faisait fluctuer les prix. Les villes se sont données des règles pour réglementer l’approvisionnement, et s’assurer que les prix étaient corrects.»
Les marchés publics étaient au centre de la vie sociale, explique Yves Bergeron. «Historiquement, les marchés ont toujours été des lieux de sociabilité, l’espace de rencontre entre toutes les catégories sociales, entre le monde rural et le monde urbain. C’est sur les places de marché que se faisait la criée des nouvelles. C’est là qu’on punissait les gens, qu’on les mettait au pilori, au 18e, 19e siècle. C’est aussi sur les places de marché que se faisaient les discours politiques, que se tenaient les élections. C’est autour du marché public qu’on faisait la promotion de la prostitution et qu’on pouvait acheter de l’alcool illégal. Ces activités-là étaient tolérées, parce que c’était considéré comme un espace neutre.»