Rose Simard: reine de l’apéro (autoproclamée!) - Caribou

Rose Simard: reine de l’apéro (autoproclamée!)

Publié le

25 octobre 2026

Texte de

Virginie Landry

Photos de

Nesrine Brikci

Depuis une douzaine d’années déjà, Rose Simard, fondatrice du blogue 1 ou 2 cocktails, s’évertue à démocratiser la mixologie en y insufflant une bonne dose de sa pétillante énergie. Comme elle aime bien manger autant que bien boire, la voici qu’elle modifie un peu son mandat initial pour y inclure un volet gastronomie. L’apéro façon Rose Simard est servi!
Rose Simard
Depuis une douzaine d’années déjà, Rose Simard, fondatrice du blogue 1 ou 2 cocktails, s’évertue à démocratiser la mixologie en y insufflant une bonne dose de sa pétillante énergie. Comme elle aime bien manger autant que bien boire, la voici qu’elle modifie un peu son mandat initial pour y inclure un volet gastronomie. L’apéro façon Rose Simard est servi!
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Avant d’entamer notre discussion, je fais remarquer à Rose que lorsqu’on tape son nom dans un moteur de recherche, on tombe immanquablement sur ses nombreuses chroniques cocktails dans divers médias et sur ses populaires livres (dont le plus récent, Apéro: à boire et à manger). Au fil des ans, on lui a surtout demandé de concocter de jolis élixirs colorés: elle n’a pas souvent offert de grande entrevue pour aller en profondeur sur les sujets qui l’intéressent réellement, comme l’art de recevoir, par exemple. Puisqu’elle est tout à fait d’accord avec moi, je lui propose de remédier à la situation. C’est parti!

— Le 12 février 2026, tu annonces que c’est la fin de 1 ou 2 cocktails sur Instagram. Ton compte devient simplement Rose Simard et te met bien plus de l’avant. Tu diversifies alors également tes intérêts. Qu’est-ce qui explique ton changement de vocation, de la carte à boire à la gastronomie jusqu’à l’art de recevoir? 

Ça faisait presque 12 ans (2014) que j’étais sur 1 ou 2 cocktails: je me posais des questions sur la pérennité de ma carrière. Pour le marché du Québec, j’avais fait le tour des opportunités, j’étais rendue limitée. J’avais envie d’explorer autre chose, de montrer une autre facette de moi, de mes compétences et intérêts. Je me suis rendu compte que le dénominateur commun de tous mes projets –le balado Feu Doux, les cocktails Amour Liquide, les livres– c’est moi. Ça s’est donc imposé naturellement d’ouvrir le spectre de ce que je faisais. 

Le cocktail, ça reste ma passion, mon identité, ma crédibilité. Au fil des ans, j’ai développé une certaine expertise, une signature personnelle. Ce que j’ai donné au monde du cocktail, ça va rester là pour toujours. Mais ça fait longtemps que je me dis la reine de l’apéro, il me manquait simplement la portion à manger! 

— Tu partages maintenant beaucoup plus ton style de vie sur tes réseaux. Te considères-tu un peu comme une influenceuse?

Le mot «créatrice de contenu» a plus de sens pour moi. Chacun sa définition! C’est le changement de nom qui m’a influencée à le faire. Pendant longtemps, j’ai cru que si je ne parlais pas de cocktails, ça n’intéresserait pas mon audience.

Il y a tellement de choses qui ont changé. C’est vrai que dans les deux dernières années, j’ai donné un second souffle à mon compte Instagram. J’ai fait un carrousel de photos pour ma fête cette année, et c’est ma publication la plus engagée des derniers mois. Ça me fascine! Et ça me gêne un petit peu! C’est étourdissant, mais tant mieux!

Rose Simard

— Dans Apéro: à boire et à manger, tu dis avoir réfléchi à ce qu’est «ta sauce», c’est-à-dire un peu ce qui fait ta signature en cuisine. J’ai envie de savoir quelle est «ta sauce» sur les réseaux sociaux?

Il y a beaucoup d’authenticité! Je suis maladroite, j’ai un humour pince-sans-rire, j’ai une bonne répartie. C’est vraiment ma personnalité. J’ai l’impression qu’on peut s’associer à moi, car j’ai un mode de vie urbain, j’aime aller au resto, j’ai un enfant que j’essaie d’amener partout! Je ne montre pas tout, mais on est toujours sur la go. J’ai un mode de vie un peu festif, pour les gens qui aiment bouger et profiter du moment présent!

— Tu débutes ton nouveau livre en parlant de ta grand-mère, de son art de recevoir qu’elle t’a vraisemblablement transmis. Est-ce quelque chose que tu veux également léguer à ta fille?

J’aimerais ça qu’elle retire certains aspects, notamment l’art de la table. Par exemple, je suis d’avis qu’il suffit d’une belle assiette pour tout transformer en beau… même un plat de légumes de l’épicerie! L’esthétisme est important pour moi, je trouve que ça rend tout appétissant. Quand les gens viennent souper chez nous, la table est mise, les verres sont sortis, il y a un centre de table. J’espère que ma fille va avoir du plaisir à être entourée. À recevoir son monde et à aimer être reçue.

«Je pense que je fais mes livres pas pour mon égo ni pour me mettre de l’avant. Je le fais dans le but de partager ma passion pour un sujet donné.»
Rose Simard

— À ton avis, sait-on encore recevoir?

C’est un peu ça la grande quête de ce livre-là: l’apéro, c’est le nouvel art de recevoir. Dans mon mode de vie actuel, c’est impensable pour moi de recevoir 12 personnes assises avec un trois services. Je n’ai pas la place ni le temps. J’ai vu mes parents recevoir souvent et se mettre beaucoup de pression pour que tout soit parfait. Si je suis pour ne pas apprécier ma soirée, alors je ne veux pas le faire! 

— Qu’est-ce qui distingue l’apéro des autres repas, dans ce cas?

L’apéro, ça décomplexifie l’art de recevoir. C’est de l’assemblage de plein de petits trucs à manger –bouchées, grignotines, trempettes– qui ne vont pas te couper la faim avant de passer au souper. On peut être avec les amis pendant qu’on prépare, les enfants jouent à côté. C’était l’idée de se dire qu’on passe trop de temps seul, sur nos téléphones, alors qu’on a besoin plus que jamais d’être ensemble. Mettre la pression sur une seule personne pour recevoir toute la gang, c’est beaucoup lui demander. Voilà pourquoi on choisit l’apéro!

Rose Simard

— Est-ce qu’on fait l’apéro différemment ici au Québec?

C’est certainement moins dans nos mœurs qu’en Italie ou en France, par exemple. Là, c’est ancré dans leur culture comme une petite réunion avant d’aller souper ou pour bien entamer la soirée. Ici, on a toujours eu le 5 à 7 ou le happy hour, plus basé sur la consommation d’alcool.

En plus, nous, on a l’hiver! Le soleil se couche à 17h et ç’a un gros impact sur l’envie de faire l’apéro. Toutefois, on a l’après-ski qui est populaire: on va rentrer se réchauffer après le sport, on va manger quelque chose de gourmand, de fromagé. On va se faire des cocktails, boire de la bière. 

«Le cocktail a toujours été un prétexte pour passer du bon temps en bonne compagnie. En rajoutant le volet bouffe, ça rend [mon contenu] plus accessible.»
Rose Simard

— Est-ce que Apéro: à boire et à manger a été plus facile ou plus difficile à rédiger que tes deux autres ouvrages, Boire le Québec (2021) et L’apéro au Québec (2022)?

Je pense que ç’a été plus facile à faire parce que j’ai l’expérience des autres. Je connais le rythme, l’énergie qu’il faut mettre sur la rédaction (et pour le lancement!). Mon but était clair depuis le début: je voulais inspirer les gens, qu’ils laissent traîner le livre et y reviennent souvent. Aucun détail n’est laissé au hasard et ça finit par se ressentir à travers le livre. Je pense que je sais faire de beaux livres!

Je l’ai pensé comme un outil de référence. On avait un peu réussi à faire ça avec L’apéro au Québec: c’est devenu un outil de référence pour les alcools québécois et je suis encore hyper fière de cet aspect-là de ce livre. Je suis contente d’avoir un marqueur temporel de la distillation québécoise, du début de tout ça. En allant chercher des chefs pour le livre Apéro: à boire et à manger, je voulais retrouver cette connexion humaine. 

— Quelle est la place des produits locaux dans ce que tu crées?

Je les mets de l’avant parce que je les aime pour vrai, j’en suis fière pour vrai. Quand on est capable d’avoir un produit aussi bon, sinon meilleur que ce qui se fait ailleurs, c’est tout à fait indiqué de l’utiliser. J’en fais un peu moins la promotion qu’avant, car le milieu a changé, il s’est cannibalisé. Je me faisais reprocher de ne pas utiliser telle ou telle liqueur… Pour moi, ça reste la qualité avant tout! On a des producteurs locaux qui font bien les choses, qui travaillent avec passion et qui ne tournent pas les coins ronds.

— Ce n’est pas un secret pour personne, les gens boivent de moins en moins d’alcool. Sens-tu cette tendance de ton côté également?

Ç’a fait partie de la réflexion sur ma pérennité. Les cocktails étaient un sujet de niche, il l’est encore plus! Mais les gens boivent encore et plus de cocktails qu’avant! De toute façon, j’intègre aussi du sans alcool dans mon contenu, mais je ne sens pas un si grand intérêt. Peut-être que c’est mon public?

En ce moment, le dirty martini est très à la mode. Le negroni aussi. Le Hugo Spritz fait changement de l’Aperol Spritz. La tequila gagne du terrain, la margarita aussi. J’aimerais bien rendre les vermouths, les amari (liqueur italienne douce-amère) et les xérès (vin fortifié) à la mode. C’est un travail de plusieurs années!

Rose Simard
Rose Simard

— Outre tes livres, tu travailles aussi très fort sur ton balado Feu doux à propos du milieu de la restauration et de la gastronomie au Québec. Qu’est-ce que tu penses que tu apportes de différent, de plus, avec ton balado?

Je te ramène au début de cette entrevue, tu me disais qu’on me demandait souvent de faire des cocktails et que je parlais très peu de moi. C’est pareil pour les chefs: on va leur demander de cuisiner, de parler de leur style culinaire, mais on ne les connait pas tant que ça. Souvent, tu attaches un nom à un endroit. Retracer leur parcours à travers ça, c’est vraiment intéressant.

Je pense que j’offre une vitrine pour les gens du milieu. Ceux qui travaillent en restauration sont intéressés à entendre leurs collègues s’ouvrir de manière authentique. J’ai eu la chance de recevoir des invités passionnants (Isabelle Deschamps Plante, Martin Picard, Hugue Dufour, Lesley Chesterman, entre autres interviewés), qu’on ne connaît pas vraiment. Et il y a de grandes questions qui s’imposent à moi: c’est quoi l’identité culinaire québécoise, quelle est la place des femmes en restauration, quelle est la définition du succès de ces gens-là.

— Tu m’ouvres la porte pour la dernière question que je voulais te poser: tu as 35 ans, tu es autrice, animatrice de balado, chroniqueuse, mixologue, entrepreneure et maman. C’est quoi, ta définition de succès?

Wow. Je ne suis pas sûre que j’aie déjà pensé à ça! Je crois que c’est de réaliser nos rêves et nos projets en gardant l’équilibre et notre vision du bonheur. C’est d’être intègre dans ce qu’on fait, de ne pas se dénaturer. Mon prochain défi, j’espère que ce sera d’avoir une émission de télé dans laquelle je poursuivrais ma grande quête amorcée dans Feu doux. J’aimerais faire des projets plus grands avec de grandes équipes. À suivre!

Ton apéro de rêve…

  • Où? Au bord de l’Atlantique ou la Méditerranée, au coucher du soleil.
  • Quels plats? Des huîtres, des olives, des petits plats à partager.
  • On boit quoi? Du champagne!
  • Qui est là? Plein d’amis, ma fille, mon chum. 
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