Traditionnellement très masculine, la sommellerie se féminise. Et particulièrement au Québec, comme l’écrit Catherine Ferland. «Le fait que l’intérêt québécois pour le vin soit relativement jeune, plutôt que de s’inscrire dans une longue tradition dominée par les experts masculins, y est sans doute pour quelque chose», souligne-t-elle dans un dossier portant sur la relation entre les femmes et l’alcool publié sur le site de la Société des alcools du Québec (SAQ).
«Je pense qu’au Québec, on profite d’un contexte social et culturel qui valorise davantage l’égalité et la prise de parole des femmes», renchérit Michelle Bouffard. L’autrice, conférencière, consultante et chroniqueuse vin dans les pages Plaisirs rappelle toutefois que ce n’est pas le cas partout sur la planète. «J’ai des amies qui travaillent en France et qui vivent encore certaines formes de discrimination ou évoluent dans des structures plus hiérarchisées, où il peut être plus difficile de se tailler une place et de se faire entendre dans un milieu très traditionnel où les hommes ont longtemps écrit l’histoire. Le Québec est peut-être moins ancré dans ces codes, plus ouvert aux parcours atypiques, ce qui crée un terrain plus favorable à la diversité des voix, dont celles des femmes.»
Pionnières
Élyse Lambert, première femme élue meilleur sommelier du Québec, en 2004, ne se surprend pas non plus du fait que les sommelières soient plus nombreuses ici qu’ailleurs, toutes proportions gardées. «Ouvrir la voie a été compliqué, confie néanmoins celle qui a aussi remporté les titres de meilleur sommelier des Amériques et de meilleur sommelier du Canada, entre autres. Je ne cacherai pas qu’à mes débuts, j’ai dû travailler plus fort, et pour un salaire moindre que mes collègues masculins, mais une fois que la porte a été ouverte, le métier est devenu plus accessible et les clients ne s’étonnaient plus de me voir arriver à leur table avec la carte des vins.»
D’ailleurs, la sommelière n’était pas seule à tracer le chemin et à laisser sa marque dans les concours. «En 2004, nous étions trois femmes sur le podium», rappelle-t-elle, faisant référence à Véronique Rivest et Danielle Dupont.
Aujourd’hui, Élyse Lambert poursuit le travail en s’investissant notamment auprès de La Tablée au féminin, qui regroupe des professionnelles des milieux de la gastronomie, de l’hospitalité et des arts de la table.