Partir de zéro
Se lancer dans un projet de vignoble, c’est de la job: une fois la terre trouvée, il faut analyser les sols pour en déterminer la composition, la structure, le nombre de degrés-jour, l’exposition au soleil. Ensuite, faut monter l’entreprise: bâtir un cadre financier, demander des prêts, des subventions, l’achat d’équipements. Planter les vignes, s’en occuper, attendre, attendre, attendre. Ne rien récolter pendant au moins trois ans, voire plus, si on a fait une erreur… Ouf, je suis essoufflée juste à les entendre énumérer leurs tâches!
– «N’auriez-vous pas préféré racheter un vignoble?»
– «Non. Comme il n’y en a pas beaucoup à vendre, c’est très cher. Et de toute façon, on avait envie d’avoir notre propre courbe d’apprentissage, de faire des choix et des erreurs qui seraient les nôtres pour arriver à ce qu’on recherche réellement», confie Joël.
Il ajoute: «Planter un vignoble, c’est un peu comme avoir un enfant. Tu évolues en même temps que le raisin pousse ou que le bébé grandit». Mais avant d’être parent (de vignes), Joël a fait plusieurs années de gardiennage (de grappes et de cuves) chez des vignerons devenus mentors et amis: Ève et Marc du Domaine Bergeville ainsi que Véronique et Michael du vignoble Les Pervenches.
Arriver au bon moment
C’est de ces quatre pionniers de la vigne, mais d’aussi de Zaché Hall (Domaine L’Espiègle) et de Matthieu Beauchemin (Domaine du Nival), que les jeunes vignerons parlent le plus.
«Ce matin, je textais Zach à ce sujet…», «J’en parlais justement avec Matt, récemment…», «Mike était ici, l’autre jour…»
Joël et Florence en sont convaincus : si leur projet a si aisément reçu le financement demandé, c’est parce que ces producteurs et bien d’autres ont travaillé fort avant eux afin de paver la route pour de nouveaux projets comme le leur.
«La financière agricole a de plus en plus confiance aux vignobles québécois. Elle sait que ça se peut, il y en a d’autres qui l’ont fait», déclare Florence, toujours pleine d’optimisme. Avec un montage financier solide et une structure administrative réfléchie, un entourage dévoué et de bien meilleurs outils, ils sentent que Septembre arrive à un moment plus que judicieux dans la jeune histoire (de moins en moins jeune!) du vignoble québécois.