Au début du vignoble Septembre - Caribou

Au début du vignoble Septembre

Publié le

06 octobre 2026

Texte de

Virginie Landry

Photos de

Virginie Landry

Caribou prend la route pour rencontrer ceux qui nous nourrissent… ou nous abreuvent, dans ce cas-ci! Audrey et Virginie se sont rendues, par la plus belle journée d’automne possible, à Dunham, dans les Cantons-de-l'Est, pour vendanger les premiers raisins du vignoble Septembre… enfin, quelques raisins!
vignoble Septembre
Caribou prend la route pour rencontrer ceux qui nous nourrissent… ou nous abreuvent, dans ce cas-ci! Audrey et Virginie se sont rendues, par la plus belle journée d’automne possible, à Dunham, dans les Cantons-de-l'Est, pour vendanger les premiers raisins du vignoble Septembre… enfin, quelques raisins!
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Si vous avez écouté le balado Vendange au verre, enregistré en 2021, vous connaissez déjà Joël Richard et Florence Bélanger-Morin, deux jeunes trentenaires passionnés de vin québécois. Après avoir animé deux saisons d’entrevues les menant chez des producteurs viticoles ici et là au Québec, les deux amoureux (formés en communication, marketing et business) se sentaient finalement prêts à démarrer leur vignoble.

Audrey, la coéditrice de Caribou qui suit leur parcours depuis longtemps, avait vraiment envie d’aller les visiter sur le terrain pour leur parler de leur projet et moi, je ne dis jamais non à une sortie gourmande! «Tu vas aimer leur énergie», m’a-t-elle répété plusieurs fois avant d’arriver sur place. Divulgâcheur: j’ai, en effet, adoré leur énergie.

Prendre racine

En compagnie de Joël et Florence – et Maurice, leur chien beau comme un cœur, mais qui ne se laisse pas approcher, à mon grand désarroi! – on se dirige vers les vignes plantées sur un magnifique coteau tout ensoleillé pour mieux comprendre comment tout ceci a commencé.

«On ne magasinait pas tant une maison, on cherchait une terre avant tout», nous confie Joël, jetant un regard complice à sa compagne. Par la plus pure des chances, ils ont réussi à trouver les deux au même endroit et ont ainsi pu dire adieu à leur quartier montréalais de Villeray.

«Notre agente immobilière nous a dit qu’un monsieur l’avait approchée, qu’il avait un grand terrain et qu’il cherchait des jeunes avec un projet agricole en bio. Il avait quelque chose à nous proposer», se souvient-il.

Ledit monsieur, un homme d’affaires aujourd’hui à la retraite, leur a confié qu’en début de carrière, des gens lui avaient tendu la main et lui avaient offert des opportunités. Il sentait que c’était à son tour de le faire. Le projet de vignoble (bio!) de Joël et Florence l’a tout de suite enchanté.

«C’était un coup de cœur et une chance inouïe», explique Florence, qui s’occupe du côté business de Septembre en plus de travailler en agence d’importation privée de vin. Joël, quant à lui, est surtout au champ (et un jour au chai!), bien que tous les deux participent à parts égales à la prise de décisions.

Projet de vie

Avoir un vignoble, est-ce réellement un projet de retraite? Un simple passe-temps pour s’occuper après 65 ans? «À chaque fois qu’on entend ça, on se tape le front», rigole Joël. Pour lui – et pour Florence maintenant aussi! – être vigneron est réellement l’ambition d’une vie.

«C’est sûr que toi, Jo, très jeune, tu t’es dit « OK, moi, ce que je veux faire, c’est être dans la vigne, pas derrière l’ordi à remplir les promotions en commercialisation du vin ». T’es un peu né là-dedans», dévoile «Flo». En marchant entre les rangs de cépages hybrides, qui en sont à leur troisième feuille, et les vitis viniferas, récemment plantés, Joël nous raconte son enfance, lui dont le père était importateur de vin.

«Quand j’étais jeune, souvent, les vignerons qui venaient au pays pour faire la promotion de leur vin et participer aux salons, ils restaient chez mon père. Dans le temps, c’était du monde qui n’avait pas beaucoup d’argent. Ils dormaient à la maison. Et là, souvent, mon père, qui nous avait une semaine sur deux, leur disait « faut que tu aides: soit tu fais les devoirs avec les enfants, soit tu fais le souper! »». Jeune Joël faisait donc ses leçons avec des vignerons venus de l’autre côté de l’Atlantique, des gens colorés qu’il aimait beaucoup, beaucoup.

«Tout le monde est tellement gentil dans le monde du vin», admet Florence, qui côtoie souvent des producteurs grâce à son travail en agence. C’était d’ailleurs l’idée de départ pour leur balado: «On avait envie de se rapprocher de ces gens-là, de les connaître.» D’apprendre des meilleurs pour quand ce serait, un jour, leur tour.

Partir de zéro

Se lancer dans un projet de vignoble, c’est de la job: une fois la terre trouvée, il faut analyser les sols pour en déterminer la composition, la structure, le nombre de degrés-jour, l’exposition au soleil. Ensuite, faut monter l’entreprise: bâtir un cadre financier, demander des prêts, des subventions, l’achat d’équipements. Planter les vignes, s’en occuper, attendre, attendre, attendre. Ne rien récolter pendant au moins trois ans, voire plus, si on a fait une erreur… Ouf, je suis essoufflée juste à les entendre énumérer leurs tâches!

– «N’auriez-vous pas préféré racheter un vignoble?»

– «Non. Comme il n’y en a pas beaucoup à vendre, c’est très cher. Et de toute façon, on avait envie d’avoir notre propre courbe d’apprentissage, de faire des choix et des erreurs qui seraient les nôtres pour arriver à ce qu’on recherche réellement», confie Joël.

Il ajoute: «Planter un vignoble, c’est un peu comme avoir un enfant. Tu évolues en même temps que le raisin pousse ou que le bébé grandit». Mais avant d’être parent (de vignes), Joël a fait plusieurs années de gardiennage (de grappes et de cuves) chez des vignerons devenus mentors et amis: Ève et Marc du Domaine Bergeville ainsi que Véronique et Michael du vignoble Les Pervenches.

Arriver au bon moment

C’est de ces quatre pionniers de la vigne, mais d’aussi de Zaché Hall (Domaine L’Espiègle) et de Matthieu Beauchemin (Domaine du Nival), que les jeunes vignerons parlent le plus.

«Ce matin, je textais Zach à ce sujet…», «J’en parlais justement avec Matt, récemment…», «Mike était ici, l’autre jour…»

Joël et Florence en sont convaincus : si leur projet a si aisément reçu le financement demandé, c’est parce que ces producteurs et bien d’autres ont travaillé fort avant eux afin de paver la route pour de nouveaux projets comme le leur.

«La financière agricole a de plus en plus confiance aux vignobles québécois. Elle sait que ça se peut, il y en a d’autres qui l’ont fait», déclare Florence, toujours pleine d’optimisme. Avec un montage financier solide et une structure administrative réfléchie, un entourage dévoué et de bien meilleurs outils, ils sentent que Septembre arrive à un moment plus que judicieux dans la jeune histoire (de moins en moins jeune!) du vignoble québécois.

Premières cuvées

– «Flo, as-tu vu la quantité de raisins?»

– «Je sais, j’en reviens pas Jojo!»

Sous les filets enlevés pour qu’Audrey puisse récolter un peu de raisin (je prenais des photos et je continuais de poser des questions, voilà pourquoi je n’avais pas de sécateur à la main!), on découvre de belles grosses grappes de frontenac blanc aux reflets dorés et au goût très sucré.

En remplissant les seaux, on continue de discuter. Une question me brûle les lèvres depuis le début de notre discussion, j’osais à peine l’aborder afin de ne pas avoir l’air de la rabat-joie, mais voilà qu’une journaliste a un travail à faire: «ça ne vous inquiète pas que les gens boivent de moins en moins d’alcool?».

«On va s’adapter. Ça sera toujours notre travail de s’adapter», me répond promptement Florence. «Une des manières de s’adapter, c’est de se poser des questions sur la superficie qu’on veut avoir au final et du nombre de bouteilles qu’on veut produire. Clairement, on a révisé les chiffres (à la baisse) par rapport à ça. On visait cinq hectares, on ira probablement plus avec trois, pour ne pas inonder le marché», ajoute Joël. Avec leur fougue, ils trouveront des solutions. Et ils en sont convaincus: leur vin sera bon.

«Boire moins, boire mieux», c’est ce qui guide toutes leurs décisions. Alors que les grappes bien juteuses s’accumulent rapidement dans les chaudières, Joël dévoile qu’un premier nom de cuvée a déjà été déterminé et que des idées d’assemblages ont déjà été évoquées.

«L'objectif des futures cuvées de Septembre, c'est que ça se retrouve sur une table entourée d'amis et de la famille, et que la bouteille se descende. Que les gens disent, "wow, c’était délicieux".»
Florence

Si tout va comme prévu, leur premier millésime sera dévoilé en 2027. Comme leur chai n’est pas encore construit, les raisins seront travaillés au vignoble Les Pervenches cette fois-ci. Les deux vignerons, fébriles, ont hâte d’écrire ce nouveau chapitre de leur histoire.

On les quitte en se promettant, Audrey et moi, de revenir les visiter pour déguster, en leur bonne compagnie, leurs cuvées inaugurales.

Pourquoi Septembre?

D’abord, c’est un ami qui, en entendant la chanson September de Earth, Wind & Fire lors d’une soirée à la maison, leur a dit, Septembre, c’est joli! Septembre, c’est le mois des vendanges. C’est le mois où il fait encore beau, encore chaud, où les feuilles commencent à se colorer. C’est aussi en septembre que Florence et Joël se sont rencontrés.
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